Romans pour adultes

« Les mots qu’on ne me dit pas » – Véronique Poulain

Les mots qu'on ne me dit pasVéronique PoulainStock, 2014 - Prix : 16,50€ ISBN : 978-2234078000

Les mots qu’on ne me dit pas, ce sont les mots que les parents de Véronique ne lui ont jamais dit non pas par blocage psychologique mais bien physique : tous deux sont sourds et ne communiquent avec elle que grâce à la langue des signes. Véronique a donc grandi avec deux langues maternelles et dans deux univers bien différents. Les signes et le silence dans l’appartement de ses parents, le bruit et la parole à l’étage du dessus, chez ses grands-parents.

Le monde des sourds, c’est tout un univers, une société régie avec ses propres codes. Il n’est pas toujours facile de les comprendre tout comme il n’est pas aisé pour un sourd d’imaginer le monde des entendants. Véronique se retrouve parfois face à un mur, comme lorsqu’elle essaie d’expliquer à son père à quel point il est bruyant lorsqu’il mange. Il ne pourrait pas essayer de fermer la bouche ? On n’entend que lui ! Bruit, lui ? Non, pas bruit ! Les sourds ne le savent pas, bien sûr, mais qu’est-ce qu’ils sont bruyants au quotidien !

Et sa mère, cette mère aimante, couveuse, bavarde à sa manière. Elle n’a pas de barrière, signe à propos de tout, aborde la sexualité sans aucun tabou avec sa fille et ce dès son plus jeune âge. Les sourds sont à l’aise avec leur corps qui constitue leur unique moyen d’expression. Chez eux, la sexualité est naturelle, il ne faut pas en avoir honte, c’est la vie ! Oui, c’est la vie, c’est vrai, mais allez faire comprendre à votre mère que vous n’avez pas envie d’en parler, pas envie de signer des mots bien plus qu’explicites, que vous n’avez que quinze ans et que le sexe est bien loin de vos préoccupations.

 » La langue des signes est la langue la plus crue que je connaisse. Les sourds s’expriment de façon simple, directe. Brutale.
Beaucoup de signes sont beaux, poétiques, émouvants – comme les mots ‘amour’, ‘symbole’, ‘danse’ -, mais dans le champ lexical de la sexualité, c’est une autre histoire. Le signe ne laisse place à aucune équivoque. Alors que les mots suggèrent, les gestes imposent.
Leur crudité heurte les entendants parce que ces gestes anodins pour les sourds sont les mêmes que nous faisons, nous, lorsque nous voulons être grossiers et nous cachons pour les faire. Question de culture. « 

Allez lui faire comprendre également que vous aimeriez bien qu’elle cesse de vous parler alors que vous êtes au téléphone. Pour elle, parler et signer sont des choses différentes que vous devriez être capable de faire en même temps !

Heureusement, Véronique n’est pas seule à vivre ce quotidien à cheval sur deux mondes. Ses cousins, tous trois entendants, sont également nés de parents sourds. Tous racontent les petites anecdotes du quotidien, les pièges tendus aux parents et se testent sur les mots prononcés tant bien que mal par leurs parents. Popossip ? C’est pas possible, bien évidemment !

Les mots qu’on ne me dit pas est un court roman autobiographique qui se lit comme une sucrerie, sans relever une fois les yeux du livre. Un petit délice qui permet une incursion dans le monde des sourds qui nous est bien étranger. Un roman émouvant et drôle !

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille également le roman pour adolescents de Kathrin Schrocke, Freak City.

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