Romans pour ados

Toffee et moi – Sarah Crossan

J’aime beaucoup Sarah Crossan, j’avais d’ailleurs consacré un épisode de podcast à son roman Moon Brothers qui racontait l’histoire d’une famille dont le frère aîné était dans le couloir de la mort (pour l’écouter, c’est par là).

L’autrice a l’habitude des héros brisés, des adolescent.e.s qui n’ont pas la vie facile. Dans son nouveau roman, Toffee et moi, elle parle cette fois des violences intra-familiales à travers le personnage d’Allison, battue par son père.

Un jour, c’est la violence de trop, la goutte qui fait déborder le vase. Allison prend ses affaires et le train direction une petite ville côtière pour rejoindre l’ex compagne de son père. Hélas, elle ne la retrouve pas et, lorsque le soir tombe, elle est seule dans une ville inconnue sans personne pour l’aider et l’héberger.

Un peu par hasard, Allie va se retrouver chez Marta, une femme âgée qui la prend pour quelqu’un d’autre, Toffee. Pour passer la nuit au chaud, Allie ne va pas démentir et deviendra donc Toffee. Elle comprendra vite que Marta perd un peu la boule, qu’elle est atteinte de démence et que, si elle vit seule, elle a tout de même les visites fréquentes d’une sorte d’aide familiale et un peu moins fréquentes de son fils.

Allie n’est pas une grande bavarde. Elle a bien eu des amies, oui, mais elle a fini par les perdre à force d’être taiseuse et de ne jamais les laisser entrer chez elle. Marta n’est pas très bavarde non plus, plutôt perdue dans ses souvenirs, nageant entre le passé et le présent, se débrouillant comme elle peut avec ce qu’elle oublie. Entre ces deux-là, petit à petit, un lien va se créer. Parfois, Marta la prend pour Toffee. Parfois, elle ne sait pas du tout qui elle est. Et puis, de temps en temps, il y aura des petits éclairs de lucidité où, en quelques mots, tout sera dit.

Comme ses précédents romans, Sarah Crossan a écrit Toffee et moi en vers libres. Clémentine Beauvais les a une fois de plus superbement traduits. Sur certaines pages, il n’y a qu’un vers ou deux. Un vers ou deux amplement suffisant pour faire monter l’émotion. Le passé des deux femmes est à peine effleuré mais l’imagination des lecteurs et lectrices comblera les trous – si tant est qu’ils aient besoin d’être comblés.

« Les questions de Papa n’étaient jamais de vraies questions,

c’était des exigences,

c’était des jugements,

c’était des armes pour me menacer.

Les problèmes de Papa, c’était les miens.

Quand il n’était pas satisfait

c’était à moi

d’y remédier. »

C’est, comme toujours, une réussite. Une petite bombe d’émotion.

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