BD et manga pour adultes

En proie au silence – Torikai Akane

Misuzu Hara est professeure de lycée. Elle semble assez froide, ne montrant que peu d’empathie pour ses élèves mais on la sent surtout très timide et fragile face à eux. Si elle n’est pas très à l’aise dans ses rapports aux autres, c’est parce que Misuzu essaie tant bien que mal de garder intact les morceaux brisés. Misuzu a été – et est encore régulièrement – abusée et violée.

Au début du premier tome de cette série qui en compte huit (trois sont déjà parus en français), un élève de sa classe principale vient fendre son armure.

En proie au silence entre très vite dans le vif du sujet. La mangaka Akane Torikai a voulu parler du sexisme dans la société, des rapports de dominance hommes-femmes, de la société japonaise (mais pas que) qui n’a de cesse de pointer les femmes comme étant responsables de ce qui leur arrive. Plus que cela, elle parle de viol.

Misuzu a été violée à de nombreuses reprises par le même homme. Elle a une image d’elle complètement négative, se sent souillée, détruite, nulle, coupable. Elle est permanence sur le qui-vive, en mode survie, ce qui lui prend énormément d’énergie. Elle est perdue, en colère, vit dans la douleur et n’a personne à qui en parler puisqu’on ne parle pas de ces choses-là.

Cette série est une claque nécessaire. La lecture d’En proie au silence est éprouvante, on s’en doute. Il y a des scènes de viol et le viol est véritablement le thème central de ce manga – aussi bien l’acte que le stress post-traumatique qui peut en découler, le silence, la reconstruction.
Akata, l’éditeur n’en fait pas mention sur la quatrième de couverture et je le déplore. Pour moi, parler de « violences sexistes » est trop faible et cette façon d’écrire et de parler participe à la mise sous silence du viol. Il faut oser nommer les actes.

J’ai interpellé Akata sur twitter et la maison d’édition m’a répondu que « parce qu’au début du tome 1, on ne sait pas encore qu’elle a été violée » et qu’il en était de même dans l’édition japonaise.
Alors ok mais si on ne le sait pas dès la première page, le viol est tout de même abordé très rapidement. Et, personnellement, je trouve que le viol ne doit pas être un spoiler. Mais c’est peut-être ma propre sensibilité qui joue.

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