Documentaires pour adultes

Moi les hommes, je les déteste – Pauline Harmange

C’est l’histoire d’une militante féministe qui écrit un témoignage personnel et le publie sous le titre « Moi les hommes, je les déteste ». En août dernier, le livre de Pauline Harmange sort aux éditions Monstrograph, une toute petite maison d’édition dont les deux éditeurs, Coline Pierré et Martin Page, sont bénévoles. Le tirage est tout petit mais s’envole assez vite, encore plus grâce à une menace de censure de la part d’un chargé de mission au ministère français de l’égalité hommes-femmes. Rien que ça. Le chargé de mission en question n’avait bien évidemment pas lu le livre mais il se disait qu’avec un titre pareil c’était forcément un appel à la haine. Tcheu, y en a qui ferait bien de regarder les catalogues d’éditeurs plus souvent et de découvrir que le titre ne fait pas le livre …

Moi les hommes, je les déteste a depuis été repris par les éditions du Seuil pour faire face à la demande. Ah bah oui, monsieur le chargé de mission, un scandale ça fait vendre. D’autant que si le titre touche les ouin ouin dans leur petit égo fragile, il fait aussi écho chez de nombreuses femmes qui ont appris à ne plus – ou un peu moins – se taire.

Accuser de misandrie les féministes est pourtant un ressort fréquent utilisés par de nombreux hommes qui ne supportent pas que l’on remettent leurs privilèges en question. Alors, messieurs, vous les pointez du doigt mais elles ne pourraient pas s’approprier l’insulte ?

« C’est balayer sous le tapis avec malveillance les mécanismes qui font de l’oppression sexiste un phénomène systémique. »

Dans son livre, Pauline Harmange nous invite à regarder la misandrie de plus près et à, pourquoi pas, oser se revendiquer comme telle plutôt que de toujours faire passer ça sous le rire. L’autrice souligne que la prise de conscience féministe est assortie d’un double uppercut :

« On réalise que ce qu’on ressent, face à nos relations qui sont si souvent reléguées au rang de l’intime et du personnel, a une dimension politique, a un caractère systémique, et que ce n’est pas juste nous qui élirons dans notre tête parce que les femmes adorent provoquer des drames.

Il paraît dès lors tout naturel de développer une certaine colère et, avec elle, une carapace. Celles-ci sont souvent très mal perçues (bon, de toute façon, dès lors qu’on s’oppose à un système établi aussi omniprésent que le patriarcat, on est assez souvent mal perçues).

La colère n’est pas reconnu comme une qualité féminine. Ce n’est pas beau une femme en colère, elle deviennent vite hystériques les femmes et en plus on ne comprend rien à ce qu’elles disent quand elles sont en colère, c’est complètement contre-productif. Il faudrait sans doute prendre sur soi, acquiescer, être reconnaissantes envers les hommes de nous laisser vivre, travailler, conduire, avoir une certaine forme d’indépendance et se dire que « oh quand même, c’est bien pire ailleurs. »

Sauf que la colère est là. Il y a tous les jours trop de violences physiques et morales, trop de femmes rabaissées, ignorées, moquées. Il y a trop d’hommes qui se mettent en avant, qui s’appuient sur les femmes pour arriver plus haut, trop d’hommes qui agressent, violent, tuent. A un moment donné, il faut pouvoir se dire que la colère est légitime.

Aujourd’hui, la misandrie est sans doute la forme finalement très calme d’exprimer cette colère, ce ras-le-bol (friendly reminder que la misandrie n’a jamais tué personne contrairement à la misogynie qui, elle, tue chaque jour de par le monde).

 » Tant qu’il y aura des hommes misogynes, des hommes qui s’en lavent les mains et une société qui les accepte et les encourage, il y aura des femmes qui, lassées, refuseront encore de faire les frais de relations épuisantes et parfois même dangereuses. « 

Pauline Harmange subit bien évidemment (et bien malheureusement) des torrents de haine depuis la publication de son livre. Beaucoup l’accusent d’inciter la haine, lui propose plutôt de soutenir les femmes plutôt que de rabaisser les hommes. Celles et ceux qui se donneront la peine de lire son livre comprendront bien vite que c’est ce qu’elle fait. Elle le termine d’ailleurs sur ces mots :

 » La détestation des hommes nous ouvre les portes de l’amour pour les femmes (et pour nous-mêmes) sous toutes les formes que cela peut prendre. « 

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